Mélenchon au cœur du second tour bien malgré lui

[Lille, France] La fin de campagne nous réserve encore des surprises alors que l’attention de la population et des médias français se pose toujours sur Jean-Luc Mélenchon et les « insoumis », bien qu’Emmanuel Macron et Marine Le Pen se font maintenant une lutte à deux vers l’Élysée.

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C’est que depuis le premier tour, des Français, des politiciens et bon nombre de commentateurs tentent de faire porter le fardeau d’une Marine Le Pen à l’Élysée sur le dos des « insoumis » qui souhaitent s’abstenir. Ils s’en prennent également à Mélenchon lui-même en raison de son refus de donner quelconque consigne de vote pour bloquer une percée de la candidate de l’extrême droite, notamment Macron déclarant qu’il considérait que l’homme n’était pas « à la hauteur » de son mouvement.

« Mais franchement, est-ce qu’il y a une seule personne qui doute du fait que je ne voterai pas Front national? Tout le monde le sait, a répondu Jean-Luc Mélenchon dans une récente vidéo publiée sur sa chaine YouTube. Mon opinion, elle est affichée sur mes habits depuis 5 ans [en référence à l’insigne des déportés politiques sur sa veste]. »

Dans cette vidéo, il réitère son engament à aller voter, mais [re]confirme qu’il ne donnera pas de consigne de vote, souhaitant ainsi garder ses « insoumis » groupés sur le prochain objectif, la législative à venir.

Puis, il rappelle que Macron ne demande pas un vote « anti-fachiste » ou « anti-extrême droite », mais plutôt un vote d’adhésion. « Non, nous n’adhérons pas à ce projet », lance-t-il dans cette même vidéo.

Les sympathisants de la France insoumise ont d’ailleurs reçu dans les derniers jours une convocation en ligne pour connaître leur opinion sur le sujet. Dans ce questionnaire, ils ont le choix de voter blanc, de s’abstenir ou de choisir Macron. L’option de voter FN n’est pas proposée. Cette consultation a permis l’expression de 243 128 insoumis et donne à des avis partagés : 36,12%, pour un vote blanc ou nul, 34,83%, pour un vote Emmanuel Macron et 29,05% en faveur d’une abstention.

Des électeurs en accord avec Mélenchon

Alexis Dolobaux, un chirurgien esthétique et électeur mélenchoniste depuis 2012 dans la région de Lille – seule ville du Nord a avoir porté la France insoumise en tête dans une mer de bleue Marine -, explique qu’il n’en a rien à faire si Mélenchon ne donne pas de consigne de vote puisque, de toute façon, c’est dans le mouvement qu’il adhérait et pas dans l’homme.

« J’écoute pas trop [ces commentaires contre les insoumis], c’est trop réducteur et c’est un faux débat. Pour moi, ça n’a pas de sens de nous imputer le passage du FN [parce qu’on veut voter blanc] », affirme-t-il.

Pourtant, il a très bien vu arriver la montée du Front national lui qui a passé du temps à Lens et dans les régions environnant Lille. Mais cela n’est pas assez pour voter pour un candidat, Emmanuel Macron, en qui il ne croit pas.

Même réflexion pour sa copine Jennifer Flament qui votera blanc elle aussi. Électrice des Verts auparavant, elle a choisi Mélenchon car il portait pour elle une conscience écologique essentielle à l’avenir de la France. Puis, elle reconnaît que l’homme avait aussi un charisme énorme. « Son programme m’a parlé, parce que lui m’a parlé », ajoute-t-elle.

Mais pour ce couple, impossible de choisir entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Pour eux, c’est Mélenchon qui parlait au nom du peuple, pas Le Pen. Et, les programmes des deux candidats, notamment sociaux et sur les changements démocratiques, ne leur conviennent pas. Ils ne peuvent pas croire qu’ils doivent choisir entre deux propositions qu’ils ne veulent pas.

Ils ne sont pas les seuls à être en désaccord avec ce choix final. Plusieurs électeurs mélenchonistes ont cette même réflexion et les forums et groupes Facebook publics des insoumis nous révèlent que ce questionnement entourant le vote prend beaucoup de place au sein du mouvement. Ils sont au moins des centaines à vouloir choisir l’abstention.

« Au deuxième tour je vais m’abstenir, et si par malchance Marine Le Pen venait à passer, ce ne serait nullement de ma faute, mais uniquement la faute du système et des médias esclaves du système, qui, des mois durant (voire des années) ont joué avec le feu, l’ont propulsée au-devant de la scène, uniquement pour manipuler le peuple et favoriser le candidat de leur choix… Ils devront assumer », écrit notamment Dorra Bechedly Alam sur le groupe public « Je vote Mélenchon au 1er tour ET au 2ème tour » comptant plus de 63 000 membres.

De plus, ce questionnement n’est pas propre aux électeurs de Mélenchon. À Lille, même la mairesse socialiste, Martine Aubry, ne peut se résoudre à appeler à voter pour Macron bien qu’elle considère qu’il faut « faire barrage au Front national ».

« Ni banquier, ni facho »

En parallèle de ce mouvement chez les mélenchonistes, plusieurs groupes ont également pris la rue depuis le vote du 23 avril dernier pour faire entendre leur désarroi devant les candidats du 2e tour.

Le soir du vote, ils étaient d’ailleurs présents dans près de 13 villes de France et, dans les derniers jours, des manifestations se sont tenues à Paris.

Ces « Ni-Ni », c’est-à-dire « ni Macron, ni Le Pen, ni banquier, ni facho », souhaitent eux aussi s’abstenir au second tour question de montrer la force du mouvement. Ils espèrent que le taux d’abstention et de vote blanc sera élevé, bien que non comptabilisé officiellement.

Pour ces « Ni-Ni », c’est d’ailleurs les politiques ultralibérales des gouvernements antérieures et notamment celles que propose Emmanuel Macron qui ont permis la montée du Front national au cours des dernières années.

Ce mouvement n’est par contre pas directement associé à la France insoumise et ils ne se ressemblent que dans le désaccord, pour certains insoumis, d’être obligé de choisir entre Macron ou Le Pen.