D’un militant à un électeur

Alors que le premier tour de vote aura lieu ce dimanche, le travail acharné de plusieurs militants arrivera à sa conclusion et, question de faire un dernier tour d’horizon des forces en présence, c’est par leurs regards qu’on s’intéresse aux principaux candidats de cette campagne.

Thierry Gemonet – Brest
Soutien : Emmanuel Macron d’En Marche!
« La situation du pays m’a amené à comprendre qu’on ne pouvait plus rien attendre des partis classiques et [que] le clivage gauche-droite amène plutôt une sclérose de l’action politique et une inefficacité. »

SONY DSC

Ancien militant pour l’UMP, le parti de Sarkozy à l’époque, Thierry Gemonet n’a jamais voulu suivre le mouvement vers Les Républicains. Il y a un an, il a préféré se mettre en marche et suivre Emmanuel Macron, notamment en raison d’un discours résolument européen et d’un ton positif porté par le candidat.

Pour cet homme, seul ce mouvement peut changer quelque chose sur l’action classique de la classe politique française.

Ce renouveau comme il l’appelle, il l’a entre autres vécu dans les comités consultatifs pour l’élaboration du programme alors que des gens de tous les horizons politiques, et même des néophytes, se sont rassemblés pour proposer leurs idées et échanger sur ce qui ne marchait pas dans le pays, sur ce qu’ils aimeraient développer et sur ce qu’ils ne souhaitaient absolument pas voir être mis en place.

« Ici, comme il n’y a pas d’anciens, tout le monde a la même parole, la même autorité de parole. On est tous arrivés au même moment » présente-t-il.

M. Gemonet ne s’en cache pas, un vent de nouveauté amène aussi parfois de l’amateurisme et des actions un peu brouillons. Cependant, il trouve enthousiasmant que de nouvelles façons de faire soient proposées. C’est par ce renouveau qu’il espère que les gens adhèreront à En Marche!.

Audrey Lyonnet – St-Étienne
Soutien : Les Républicains et François Fillon
« Je comprends qu’on peut être déçu par des hommes politiques, mais on ne peut pas être déçu de son pays. » [Audio ici]

SONY DSC

Jeune militante, Audrey Lyonnet a voulu s’impliquer dans cette campagne pour être actrice plutôt que spectatrice de la politique. En fait, pour cette étudiante à la maitrise en histoire, « on écrit chaque jour l’histoire » et, pour cela, il faut donc agir.

Au cours de l’entretien, elle avoue rapidement être de droite modérée. Comme si elle avait besoin de cette nuance pour présenter sa position. La candidate pour laquelle elle militait à la primaire de droite, Nathalie Kosciusko-Morizet, n’ayant pas atteint le second tour, Audrey avait alors affirmé qu’elle militerait pour le vainqueur de la primaire coute que coute.

Pour elle, c’est d’ailleurs la famille politique avant tout et le programme que son parti porte dans cette campagne est, selon elle, le meilleur pour son pays. C’est pourquoi elle a milité pour François Fillon au début. Cependant, sa vision a changé le jour où il est revenu sur sa position entourant sa participation à la campagne en cas de mise en examen dans les affaires d’emplois fictifs de sa femme.

« Quand quelqu’un me dit; si je suis mis en examen, je ne serai pas président de la République. Je ne ferai pas l’élection. Et bien moi, je suis comme une enfant. Donc, je le crois le monsieur qui me dit ça. Sauf, qu’un mois après, il me dit; que même si je suis mis en examen, je suis un combattant et je continuerai. Et bien moi, ça me gène. Moralement, je ne peux pas faire campagne pour quelqu’un qui m’a menti. »

Elle continue donc de militer pour son programme et elle votera pour celui-ci, mais elle ne peut plus faire campagne pour la personne qui le représente.

Léonie Bradel-Bureau – Saint-Nazaire
Soutien : Benoît Hamon du Parti socialiste
« Ce que je trouve très dommage dans cette campagne c’est que, pour moi, c’est vraiment le candidat qui avait un projet politique, une vision. » [Audio ici]

SONY DSC

Militante pour Hamon, mais pas pour le Parti socialiste, voilà comment se définit Léonie Bradel-Bureau.

Ce parti, elle l’a quitté avant la primaire de 2011 comme elle ne s’y reconnaissait plus. Pour elle, Hamon, l’homme, représente plus les valeurs de la gauche qui sont les siennes, notamment dans la notion de justice et d’une recherche d’égalité pour tous dans les différences.

« J’ai besoin pour militer qu’il y ait une résonnance avec ma façon de voir les choses et ma vie en général. C’est un candidat qui me parait honnête, présente-t-elle. Il ne s’est pas soumis à l’opinion générale. Si on avait toujours fait ce que les gens attendent de nous, on n’aurait pas voté de grandes lois, ni de grands projets. »

Sur ces projets qu’il propose, elle croit qu’ils ont été peut-être un peu avant leur temps et, qu’avec les défections au parti, l’ambiance de la campagne n’a pas aidé à rallier les Français. Elle l’a sentie sur les marchés quand les gens lui parlaient de leurs craintes de faire confiance à un homme qui n’arrivait pas à rallier sa propre formation politique.

Pour elle, c’est plutôt au parti et à ce manque de respect de ceux qui se sont engagés à soutenir Hamon qu’elle en veut. Puis, maintenant coincée par la notion de votre utile entre Mélenchon et Macron dans l’opinion publique, elle ne désespère pas, au contraire.

« Je continue et je dirais même que je remercie Benoit Hamon de continuer parce qu’il nous prouve là que la politique c’est un engagement », ajoute-t-elle fièrement.

Muriel Fiol – Bandol
Soutien : Marine Le Pen du Front national
« Pour être au FN, il faut aimer la France et il faut aimer les habitants, le peuple de France. Je pense que Marine Le Pen défend le peuple de France et ça, c’est quelque chose que dans certains partis on ne retrouve pas. »

SONY DSC

Fortement impliquée dans cette campagne, la Docteur Fiol a également un certain passé politique, notamment au niveau municipal. Par contre, elle n’avait jamais milité pour le FN avant, bien qu’elle a toujours voté pour eux. Elle a cédé par le passé aux pressions, entre autres de son premier mari qui était chef d’entreprise, et n’avait jamais publiquement endossé le parti avant septembre 2015.

« J’avoue, je l’ai toujours regretté et je lui en ai beaucoup voulu », explique-t-elle. Aujourd’hui, elle vit plutôt une forme de soulagement et elle voit son adhésion au FN comme une forme de « outing » dont elle est fière.

Ce qui lui a toujours plu avec le parti de Marine Le Pen, c’est la notion de patriotisme qui l’entoure. Bien qu’elle rappelle qu’elle n’adhérait pas complètement au parti à l’époque de Le Pen père, elle reconnaît aujourd’hui se retrouver dans le programme de Marine, un programme qu’elle qualifie de plus empathique et où les questions d’identité et de patriotisme lui sont chères.

« [Le patriotisme,] ça représente une identité. Je suis Française et — autant je ne suis pas du tout xénophobe, ce n’est pas le terme — je suis pour des Nations fortes qui cohabitent, qui échangent et qui commercent, mais en gardant une souveraineté, une identité, une histoire. Je suis Française et je ne souhaite pas que mon identité soit diluée, ni soit piétinée. »

Sur cette campagne, elle a personnellement l’impression que le plafond de verre est brisé et elle est pleine d’espoir de voir son parti remporter l’élection. Pour elle, cela se sent dans la réaction des gens dans la rue qui reviennent la voir pour récupérer l’information entourant le programme, une situation nouvelle selon son expérience.

Serafin De Azevado – La Roche-sur-Yon
Soutien : Jean-Luc Mélenchon de la France insoumise
« J’étais pas très optimiste, j’avoue. Par rapport à cette campagne et qu’on puisse gagner. Je ne croyais que dans le système médiatique dans lequel on est, on y arriverait. Mais là, plus ça va plus, c’est possible. »

SONY DSC

Responsable des médias sociaux dans la région de Vendée, une « terre de droite » comme il le rappelle, Serfatin De Avezado a commencé à militer en raison de convictions profondément antifascistes et écologistes, un combat qu’il souhaitait surtout faire par les idées.

En 2002, il a vécu à sa première présidentielle une « onde de choc » quand Jean-Marie Le Pen est passé au 2e tour et c’est dans l’optique de contrer la prise de pouvoir possible de l’extrême droite qu’il décide d’adhérer au parti de Mélenchon en 2011, peu avant la précédente campagne présidentielle. Il se souvient très bien des paroles de son grand-père ayant fui le tachisme et de sa grand-mère ayant vécu le nazisme et il ne souhaite pas revivre quelconques bribes d’un projet qui pourrait s’en approcher, explique-t-il.

En couple et père de deux enfants, Serafin raconte aussi que les questions de précarité d’emplois font aussi partie des thèmes qui lui sont chers.

« On ne se lève pas pour notre bien-être, notre pays ou pour l’Europe. La plupart des jeunes, on se lève pour bosser pour les banques », affirme-t-il.

Lui-même dans une situation qui l’a forcé à prendre un boulot qui n’a rien à voir avec sa formation en langues étrangères, c’est avec les solutions proposées par Mélenchon qu’il croit pouvoir s’en sortir.

S’il est vrai qu’il ne croyait pas trop aux chances de Mélenchon de percer la bulle médiatique, contrôlée par une poignée de milliardaires rappelle-t-il, il voit maintenant un changement dans la campagne et croit que les gens sont en train de se réveiller.