Vers une campagne «complètement folle»

À un peu plus de deux mois de la présidentielle française, la course à l’Élysée semble de plus en plus « folle » selon bon nombre de médias français alors que les rebondissements se poursuivent, tant dans les scandales que dans les alliances politiques.

En tête, les plus récents sondages semblent confirmer les dernières tendances et placent la candidate du Front national (FN), Marine Le Pen, à environ 27 % des intentions de vote au premier tour contre 24 % pour le candidat indépendant d’En Marche!, Emmanuel Macron, qui profite actuellement du ralliement du centriste François Bayrou pour prendre quelques pourcentages de plus. En début de semaine, il était d’ailleurs au coude-à-coude dans les sondages avec le candidat de la droite, François Fillon, à 19-20 %.

Si cette tendance se maintient, cela voudrait dire que pour la première fois depuis la création de la Ve République en 1958, ni le Parti socialiste, ni les Républicains ne prendraient le pouvoir en France pour un quinquennat. Les Français pourraient donc avoir à choisir entre un Macron, pro-Europe et pro-échange, et une Le Pen proposant la sortie de l’Union européenne (UE) et favorisant un resserrement majeur des politiques d’immigrations.

Signe que l’attention de l’Europe est tournée vers la France, l’hebdomadaire britannique The Economist en rajoute dans sa plus récente édition en parlant de la prochaine révolution française qui verrait les vieux partis être mis de côté, et du même coup le statu quo habituel, au profit de nouveaux joueurs qui redéfinissent les vieilles divisions entre la gauche et la droite vers une opposition entre ouverture et fermeture.

Il va même jusqu’à dire que la prochaine présidentielle française pourrait sceller l’avenir de l’UE, soit avec plus de force sous Macron ou soit un démantèlement avec Le Pen.

Défections dans le camp Fillon

Du côté des Républicains, la dégringolade se poursuit pour François Fillon. Maintenant convoqué par des juges d’instruction pour une éventuelle mise en examen entourant l’affaire des emplois présumés fictifs de sa femme et de ses enfants, le candidat de la droite persiste et signe, il continuera sa campagne malgré avoir dit qu’il se retirerait s’il était mis en examen.

Depuis, plusieurs personnes de son entourage ont décidé de quitter le navire et ses appuis s’amenuisent, notamment chez les Juppéistes et certains autres candidats de la primaire de droite qui l’appuyaient.

Plus encore, le regroupement Jeunes pour Fillon ne s’entend plus à l’interne sur son candidat et certains jeunes ont décidé de quitter le regroupement, mais en parlant au nom de l’organisation sur le web pour annoncer leur départ. Le président a d’ailleurs souhaité dénoncer par voie de communiqué cette initiative « indigne » par ses membres démissionnaires.

La situation est donc tendue pour le candidat Fillon et des rumeurs commencent à se faire entendre concernant une éventuelle candidature d’Alain Juppé, 2e à la primaire de droite, pour le remplacer. Un sondage réalisé pour France 2 donnerait même Juppé gagnant du premier tour avec environ 26,5 % des voix devant Macron et Le Pen, s’il venait à prendre la place de Fillon.

Fait à noter, malgré le même type de scandale entourant des emplois présumés fictifs, Marine Le Pen ne voit pas ses intentions de vote diminuer, au contraire, notamment avec le parrainage de certains maires qui ont eux aussi décidé de lâcher Fillon pour se tourner plus à droite.

[Ci-bas, une carte interactive des parrainages d’élus pour chaque candidat créée par Ouest-France]

Pas d’alliance à l’autre extrême

Pendant ce temps, la gauche ne se ralliera finalement pas ensemble. Il y a bien les écologistes et Yannick Jadot qui ont décidé de donner leur appui à Benoît Hamon, mais l’alliance avec Mélenchon n’arrivera pas.

« À cinquante jours du premier tour [écrit le 26 février], il n’est pas possible de régler la différence qui par exemple nous sépare sur la question essentielle de l’Europe. Je n’ai pas été surpris qu’il me confirme sa candidature et il ne l’a pas été que je lui confirme la mienne. Nous sommes convenus d’un code de respect mutuel dans la campagne », explique Jean-Luc Mélenchon dans un communiqué sur sa page Facebook.